Site du Jour
> Choisir site du jour en page de démarrage

Site du jour > Dossiers exclusifs > Bastille : la fin d'un royaume

L'histoire véritable de la Bastille
La Bastille et l'énigme du Masque de fer
Histoire de la Bastille
La Bastille à prendre
La Prise de la Bastille
Mémoires sur la Bastille

Hérodote
14 juillet 1789 (Neopodia)
La prise de la Bastille
La Révolution française
Révolution française
Révolution 1789
Notes et archives 1789 - 1794

Fabrication du papier
Dictionnaire & encyclopédie
Denis Diderot
La Renaissance
Walt Disney
La généalogie
Champollion
Le Land-Art


Bastille : la fin d'un royaume

Château lugubre entouré par huit tours, on l'érigea vers la fin du 14e siècle afin de protéger le côté oriental de la capitale parisienne. Les tours, dont l'épaisseur des murs atteignait deux mètres, étaient reliées entre elles par des murailles de trois mètres d'épaisseur, rendant le fantasme de l'évasion parfaitement irréalisable. Évidemment, pour ajouter au romanesque qu'elle pouvait susciter, la Bastille se ceinturait d'une large douve remplie des eaux de la Seine. Or malgré une apparence austère, ce n'est que sous la gouverne du cardinal de Richelieu (1585-1642) qu'elle devint geôle et elle abrita le plus souvent, des gens de la noblesse que l'on traitait avec de grands égards.

Ses plus célèbres prisonniers furent le marquis de Sade (1740-1814), le philosophe Voltaire (1694-1778), le pamphlétaire Jean-Henri Masers de Latude (1725-1805), et encore le mystérieux Homme au Masque de fer. Ainsi, la terrifiante Bastille n'était peut-être pas aussi horrible qu'il y paraît puisque les prisonniers y menaient grand train, certains pouvant même y faire entrer leur ameublement personnel. Mais son coût d'entretien, lui, faisait certes frissonner plus d'un Parisien en cette époque de précarité économique et de famine parmi la population. Tout un effectif grassement rémunéré pour la garde de quelques bagnards seulement (sept au moment de la prise de la Bastille en 1789), c'en était trop. Déjà en 1788, le lieutenant Hilarion Paul du Pujet (1754-1828) recommandait à Louis XVI (1754-1793) la fermeture de la Bastille, envisageant par cette action une économie d'entretien d'environ 140 000 livres. Mais la suggestion est ignorée et la Bastille, symbole vivant de l'absolutisme monarchique, continue d'être exécrée un temps.

En cette fin de 18e siècle, le peuple meurt de faim. Jamais les prix du grain et du pain n'ont été aussi élevés, une mauvaise récolte fait craindre le pire et le trésor royal s'endette. La rumeur invente les pires calomnies sur les dépenses extravagantes de Marie-Antoinette (1755-1793), la haine monte lentement mais sûrement. Au début de juillet 1789, les Parisiens sont déjà gavés de hargne, une révolte couve depuis longtemps. Puis le ministre d'État et directeur général des finances Jacques Necker (1732-1804), est renvoyé par le Roi, le 11 juillet. Cette nouvelle fait boule de neige dans les milieux parisiens. Necker étant perçu comme un homme favorable à la diminution du pouvoir monarchique au profit des États généraux, la rébellion s'organise enfin sur un motif valable. La Bastille

Le 13 juillet, les Parisiens sont volcaniques. Un soulèvement populaire mène à la création spontanée d'une milice d'environ 50 000 individus. Afin de s'armer, ils s'attaqueront aux Invalides ainsi qu'à l'Hôtel de Ville. Entre temps, ils pilleront les boulangeries, victimes accidentelles d'une folie meurtrière en devenir. La milice a des armes, mais il en manque encore. De plus, la poudre et les munitions restent toujours à trouver. Qu'à cela ne tienne, il n'y aura qu'à s'approvisionner à la Bastille !

Exaltés par une fureur collective, les émeutiers se ruent vers la forteresse en scandant : À la Bastille ! En cet instant, on n'envisage que de prendre armes et munitions. Mais au fur et à mesure que la foule avance, excitée par la charge des encouragements fusant de partout, l'excès gagne les émeutiers. Aux portes de la forteresse s'engage une querelle entre les Parisiens furieux et le gouverneur de la prison, le marquis de Launay (1740-1789) qui, finalement, aurait ordonné de tirer sur la foule. La rage éclate, l'affrontement est inévitable. Plus de 80 citadins périssent dans l'échauffourée, mais la foule parvient néanmoins à forcer la prison, s'empare du gouverneur et le met à mort. À la fin de cette journée sanglante, on promène la tête du gouverneur de Launay au bout d'une pique, clamant la liberté des Français et la mort de la monarchie. Plus jamais la France ne sera la même.

Les conséquences de cette Prise de la Bastille rayonnent au-delà des frontières parisiennes. Déjà à Paris, on nomme Jean-Sylvain Bailly (1736-1793) maire de cette municipalité naissante et Gilbert du Motier de La Fayette (1757-1834) devient, quant à lui, commandant en chef de la milice qui prendra le nom de Garde nationale. Devant la résolution du peuple et sa conquête de Paris, Louis XVI capitule. Le 16 juillet, on ordonne la destruction de la célèbre Bastille. Le 17 juillet, le Roi se rend à l'Hôtel de Ville pour rencontrer La Fayette et Bailly, ce qui valide officieusement les récentes décisions insurrectionnelles, de même que la légitimité d'une souveraineté du peuple.

Dans plusieurs villes de France, la Prise de la Bastille entraîne également la formation de nouvelles municipalités et de gardes nationales. Partout, le pays se démocratise. Cependant, dans les campagnes, la peur s'installe, les paysans craignent un complot de la noblesse ou une ruse des brigands sous le couvert d'un patriotisme opportuniste. Comment croire à cette victoire du peuple sur la monarchie ancestrale sans avoir été témoin de ce spectaculaire triomphe sur la Bastille !

À l'extérieur du pays, on réagit vivement aux troubles qui agitent la France. Pendant la période qui s'étend du 14 juillet au 26 août 1789, le monde assiste à une évolution extraordinaire sur le territoire français. On y proclame l'abolition des privilèges de même que l'on instaure la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Les observateurs y perçoivent une émancipation qui gagnera bientôt tout le vieux continent.

Dès le 14 juillet 1790, une Fête de la Fédération commémore le premier anniversaire de cet épisode sanglant. 83 patriotes représentant autant de départements français se retrouvent sur le Champ de Mars. On estime alors à plus de 260 000 le nombre de Parisiens venus assister à la fête, à laquelle participent également Louis et Marie-Antoinette. En 1880, sous la IIIe République, cette Fête de la Fédération deviendra officiellement la Fête nationale de la République française.

Aujourd'hui, certains historiens portent sur les événements de juillet 1789 un regard un peu plus critique, sacrifiant les affabulations folkloriques de ce début de révolution pour en conclure à une réalité beaucoup moins édifiante. Il semble bien que le carnage perpétré à la Bastille, le 14 juillet, fut davantage l'œuvre de pillards sans scrupules qui, profitant de l'opportunité d'enfoncer les portes de la vieille forteresse, se blessèrent les uns les autres en se tirant dessus dans une course effrénée à celui qui s'enrichirait le plus. De Launay n'aurait ordonné une riposte contre la foule que dans le seul espoir de protéger sa garde contre les émeutiers qui tiraient déjà dans leur direction. Les États généraux auraient cautionné par la suite bon nombre d'agissements criminels parce qu'ils servaient la cause révolutionnaire. Or, malgré tous les embellissements narratifs qui entourent ce moment de gloire patriotique, il reste plus raisonnable de croire que la Prise de la Bastille ait été tout sauf héroïque…

Site du jour > Dossiers exclusifs > Bastille : la fin d'un royaume
Copyright Site du jour / Nathalie Michallon - E-mail : nathalie@site-du-jour.com / Mentions Légales
Toute reproduction même partielle est strictement interdite sans un accord écrit sous peine de poursuites judiciaires
Nos Partenaires : Conjugaison | Dictionnaire | Calculatrice