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Sainte Catherine et les Catherinettes

Au 4e siècle après Jésus-Christ vivait une jeune femme nommée Catherine d'Alexandrie (v.290 - v.307). Intelligente et curieuse, cette noble Égyptienne fut initiée très tôt aux sciences et à la connaissance. Elle reçut les enseignements de plusieurs érudits et devint rapidement aussi savante que ses maîtres.

Catherine (du grec Katharos qui veut dire "pur") fut d'abord païenne. Mais une nuit, elle vit le Christ et se convertit au Dieu unique des chrétiens. L'empereur romain Maximien (v.250 - v.310), de passage en Égypte pour présider à des fêtes païennes, entendit parler d'elle et apprit qu'elle voulait le convertir. Agacé par les prétentions de cette jeune fille, Maximien lui fit affronter cinquante rhéteurs afin de lui faire renier sa nouvelle foi. Contre toute attente, c'est la jeune Catherine qui remporta cette confrontation, si bien qu'elle convainquit les philosophes du bien-fondé de la chrétienté. Fou de rage, Maximien condamna au bûcher les cinquante rhéteurs et emprisonna Catherine pendant plusieurs jours. La légende affirme qu'une colombe vint la nourrir pendant son incarcération. La jeune femme aurait même réussi à convertir Faustina, la femme légitime de l'empereur, ainsi que Porphyrius, le chef de sa garde, lequel convertit ensuite près de deux cents soldats. Hélas, tous furent par la suite exécutés.

Maximien, exaspéré par la foi de Catherine, ne l'en trouvait cependant pas moins belle et tenta sa chance en la demandant en mariage. Demande à laquelle Catherine répondit par un non sans appel puisqu'elle s'était liée à Jésus, devenant son épouse exclusive. Or l'empereur, dont la fierté et l'orgueil furent cruellement blessés par ce refus, décida de la châtier en la contraignant à subir le supplice d'une roue garnie de pointes acérées. Miraculeusement, les pointes se fracassèrent au contact du corps virginal de Catherine, aveuglant même ses bourreaux. Vraisemblablement, la belle Catherine jouissait d'une protection divine. Ce qui, évidemment, enragea un peu plus Maximien qui exigea qu'on la décapite. La légende dit encore qu'une fois la tête de Catherine séparée de son corps, ce serait du lait et non du sang qui aurait coulé de sa mortelle blessure. Sainte Catherine

Plus de cent ans après ces événements, des moines découvrirent le cadavre intact d'une jeune femme incroyablement belle et l'identifièrent comme étant celui de Catherine d'Alexandrie. Ils le transportèrent sur le mont Sinaï, à l'emplacement d'un monastère construit par l'empereur Justinien le Grand, vers 542, portant aujourd'hui le nom de : Monastère de Sainte Catherine du Mont Sinaï (figurant sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2002). Depuis, les gardiens des reliques de Catherine appartiennent à l'Ordre des Chevaliers de Sainte Catherine du Sinaï.

Cette légende de Catherine d'Alexandrie ne parvint en Occident qu'avec les Croisades, plusieurs siècles après. Le Moyen-Äge récupéra l'image de cette jeune vierge érudite pour en faire la patronne des jeunes filles non mariées. Tout un culte prit naissance autour de Catherine, et des statues incarnant la martyre furent édifiées dans de nombreuses chapelles et églises. Quelques artistes la représentèrent aussi auréolée de trois anneaux : l'un blanc symbolisant sa virginité, l'un vert représentant sa connaissance et l'autre rouge afin de marquer son martyre. Elle fut l'une des saintes qui s'attira le plus de dévots dans toute l'Europe chrétienne pendant des siècles.

On ignore exactement à quel moment précis du Moyen-Âge la tradition s'est immiscée dans les mœurs jusqu'à devenir un rituel incontournable. Bien qu'elle commémorait par sa date (25 novembre) la mort de Catherine et la foi chrétienne, cette fête avait tout d'une cérémonie païenne. On y célébrait de façon moqueuse le célibat tardif des femmes âgées de 25 ans et plus. Le but principal de ce rituel festif était surtout de mettre en valeur ce cheptel de femmes encore "mariables" en attirant sur elles toute l'attention d'éventuels prétendants.

La Sainte-Catherine se célébrait donc dans la bonne humeur et la taquinerie, les femmes arborant des chapeaux extravagants, aux couleurs de la foi et de la connaissance, c'est-à-dire le jaune et le vert. Elles défilaient souvent en cortège devant une statue de sainte Catherine, la parant de divers ornements tels que des rubans, des guirlandes de fleurs, des chapeaux, etc. Au final, la tradition voulait qu'elles coiffent la Sainte afin que celle-ci les aide à trouver le mari idéal. L'expression "coiffer sainte Catherine" identifiait la femme qui passait le cap des 25 ans, toujours affublée de son statut de vierge célibataire.

En Nouvelle-France, c'est à la religieuse Marguerite Bourgeoys (1620-1700) que l'on doit la transmission de ce rituel. Elle apporta cependant une touche toute personnelle à la tradition en sol américain. Marguerite apprit aux filles, aux Amérindiennes principalement, à se mettre en valeur auprès des prétendants en démontrant leur savoir-faire culinaire. Or c'est grâce à une recette typiquement locale que les femmes de Nouvelle-France attirèrent leurs futurs maris en faisant la conquête de leur estomac. La tire de sainte Catherine naquit dans les marmites des natives et devint un rituel incontournable au Canada français. Cette tire à base de mélasse et de beurre est une friandise agréable en bouche, que l'on façonne encore aujourd'hui pour célébrer la fête des "vieilles filles".

On sait que le célibat des femmes n'est plus à l'heure actuelle sujet de moquerie. Il résulte d'un choix assumé bien souvent et n'est plus un motif de célébrer sainte Catherine, mais plutôt une excuse pour faire la fête. Dans les bureaux de plusieurs villages ou villes françaises, on respecte encore la tradition, et ce jour particulier donne lieu à des exhibitions fort amusantes de chapeaux rigolos. En France, par exemple, ce sont les couturières et les modistes qui se sont emparées de la symbolique de la fête afin d'en faire une célébration de leur puissance créatrice. À Paris, dans le 2e arrondissement, le 25 novembre c'est la "big fiesta" de l'extravagance. Chapeaux et tenues rivalisent d'excentricités ; un merveilleux chaos de couleurs froufroutantes, des pièces montées avec une exubérance digne des plus fous stylistes, un rassemblement plein de surprises dont le but est de coiffer la statue de Catherine, à l'angle des rues des Petits-Carreaux et de Cléry, au péril de sa réputation (et parfois même de sa vie) en grimpant l'échelle des pompiers, spécialement mise à disposition des catherinettes pour l'occasion. Ensuite, le défilé se dirige jusqu'à la mairie pour affronter un jury de professionnels de la mode qui décernera des prix aux plus extraordinaires coiffures. De quoi en faire voir de toutes les couleurs à ces beaux célibataires qui n'auraient pas encore croisé la femme de leur vie…

Patronne des filles à marier, Catherine d'Alexandrie incarnait peut-être l'idéal de la femme intègre qui refusa un empereur pour rester fidèle à l'époux que son cœur avait choisi. Il demeure étrange toutefois que cette femme libre et érudite soit par la suite devenue le symbole de la marieuse sous l'influence chrétienne, car l'on aurait pu tout aussi bien la vénérer pour son indépendance, sa soif de connaissance et surtout son refus de céder au chantage d'un homme. Au fond, c'est peut-être dans la fierté du célibat qu'on rend davantage hommage à sainte Catherine aujourd'hui…

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