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La politesse

Dans chaque clan, dans chaque tribu, au sein de chaque meute, et de toute époque, la hiérarchie a prédominé. Déterminante dans la survie d'une communauté humaine ou animale, la hiérarchie a permis de laisser aux plus forts, aux plus sages, les décisions concernant tout un groupe. Mais au fil des siècles, l'être humain, comprenant qu'il peut jouir d'une certaine indépendance et par conséquent ne plus seulement obéir, demande et obtient un droit de parole. Le chef doit alors céder un peu de sa toute-puissance pour préserver la cohésion de la communauté. S'installe alors un code de conduite étendu aux membres de la tribu. L'homme devient civilisé ou du moins il tente d'établir un espace de communication régi par des conventions acceptables pour tous les membres du groupe.

Chez les animaux déjà, ce genre de code existe. Il ne répond pas à des considérations philosophiques, mais bien à une logique de l'instinct. Lorsqu'un animal est agressé par un autre membre de son espèce, il présente une partie vulnérable de son anatomie (le cou, par exemple, ou le ventre…) en guise de soumission. Chez certaines espèces, on explique cette attitude en la comparant à un rituel d'apaisement. Comme une façon de faire la paix, de déposer les armes, une formule de politesse entendue chargée de désamorcer un possible conflit.

L'humain s'est peut-être inspiré de ces comportements pour policer ses manières de vivre. L'une des premières raisons à l'adoption d'une conduite correcte est le maintien de l'harmonie au sein du clan et la recherche du consensus. En observant le comportement animal dans l'évitement d'affrontements, l'homme a sans doute compris le parti à tirer de telles attitudes bienfaitrices.

Au cours de son évolution, l'homme fait de la politesse une nécessité dans ses relations sociales. Ce besoin de se doter d'une conscience dans ses rapports aux autres le mène à développer trois axes directeurs : le savoir-vivre dans le domaine de la justice (justum), le savoir-vivre dans le domaine de l'éthique (honestum), le savoir-vivre dans le domaine domestique ou la vie de tous les jours (decorum). La politesse

Dès Platon (427 av. J.-C.-346 av. J.-C.), le sujet de l'éthique est donné comme une dominante essentielle du bon fonctionnement de la cité. Puis, chez Aristote (384 av. J.-C.-322 av. J.-C.) la civilité est abordée et associée à la douceur, la bienveillance et les bonnes manières. Les Grecs, par un besoin de communication harmonieux, entourent la parole des conditions de la civilité, élevant les rapports humains sur un terrain d'échanges codifiés. Dans la Rome Antique, c'est Cicéron (106 av. J.-C.-43 av. J.-C.) qui fera l'éloge d'une conduite policée afin que chacun devienne un bon citoyen. Ces mesures de politesse observables depuis l'Antiquité restent toutefois des exigences comportementales destinées à garantir le bon ordre dans la communauté. C'est surtout à partir du Moyen-Âge des trouvères et de leur culture d'un amour courtois que la civilité prendra une dimension plus spirituelle et qu'elle se transformera en culte de la politesse.

En Europe, on doit à l'humaniste allemand Érasme (v. 1466-1536) un petit bijou dans l'art de cultiver la politesse : le Traité de civilité puérile. D'abord destiné à l'éducation des enfants, Érasme y prône des mesures de conduite et de savoir-vivre qui traverseront les siècles, ayant encore aujourd'hui, pour certaines, priorité dans les mœurs modernes. Chez la plupart des philosophes, la politesse devient ainsi un raffinement de l'esprit et de la conduite parce qu'elle appartient au libre choix de chacun. Michel de Montaigne (1533-1592), lui confère un caractère plus noble et plus indépendant que la civilité : "La politesse est une qualité plus rare et plus exquise, elle tient non seulement aux manières affichées, mais aussi à la finesse de l'intelligence et à la délicatesse du cœur, elle suppose la synthèse de la nature et de l'art, elle est une réussite qui a toujours un caractère individuel". Voltaire (1694-1778) n'en pensera pas moins : "elle n'est point une chose arbitraire comme ce qu'on appelle la civilité. La civilité est bonne, mais moins excellente que la politesse". On constate ainsi une certaine notion d'affinement de la civilité qui dévie doucement, siècle après siècle, vers un apogée des manières de vivre chez l'être humain et que l'on nomme désormais Politesse.

La politesse française, dont on vante parfois les mérites à travers le monde, doit beaucoup de sa réputation au courant apparu au 17e siècle et que l'on nomme alors la Préciosité. Attribuable à certaines dames de la noblesse, écœurées par les habitudes rustres des hommes, la Préciosité apporte aux Français une distinction de manières et de langage qui les place au-dessus de leurs contemporains d'Europe. Rapidement, la façon française devient un modèle de raffinement pour les cours étrangères, et partout l'on cultive cet art du langage raffiné et des formules de politesse imputables aux plus belles prouesses de l'esprit. Toutefois, c'est également à cette époque que la politesse se mue en protocole. Dès lors, elle perd de sa liberté, de sa spontanéité pour devenir un code dont la rigidité s'érigera peu à peu en dogme. La politesse aura désormais un titre et l'on rédigera des manuels pour l'enseigner de manière uniforme.

Transmise jusqu'à nos jours en se fondant sur ces préceptes d'autrefois, la politesse avait peu changé jusqu'à l'avènement des technologies de communication qui en ont ébranlé les bases. Les moyens de communication différant, les approches ne sont plus les mêmes. Plus de laborieuses relations épistolaires remplies de formules de politesse incontournables, plus de cartes de visite laissées en guise de présentation, plus de remerciements et de reconnaissance infinie, les relations humaines ne font désormais plus dans la dentelle. Aujourd'hui, il s'agit de gagner du temps, donc d'abréger toute formule devenant trop lourde, trop longue.

Les codes de relations sociales se modifient, la politesse n'est plus ce qu'elle était, on se salue toujours, mais brièvement et beaucoup plus familièrement. Le vouvoiement, qui fut jadis une manifestation de respect essentielle, n'est plus qu'un rituel réservé bien souvent aux anciennes générations. Les jeunes, en dehors de relations hiérarchiques marquées, passent au tutoiement dès que le lien est établi entre eux et l'interlocuteur. La notion de distance, la nécessité d'une période d'apprivoisement, l'idée de mériter la confiance de l'Autre avant la familiarité semblent ne plus exister. Et l'on se demande ce qui a bien pu changer…

Le rythme de vie accéléré des sociétés modernes joue sans doute un rôle important dans l'effritement des bonnes manières ou des rituels de politesse ancestraux. Mais Internet et les réseaux communautaires n'y sont peut-être pas étrangers non plus. Le seul fait de pouvoir communiquer avec des milliers de personnes à la fois, d'accepter parmi ses amis des gens que l'on ne connaît pas et que l'on ne verra sans doute jamais, biaise considérablement le passage à la familiarité, le saut dans l'intimité. Grâce à Facebook, Twitter, MySpace, etc., les relations humaines n'ont jamais été aussi superficielles, l'amitié aussi bidon. Aussi ne faut-il pas s'étonner que l'engagement de politesse à l'égard d'autrui ait sensiblement perdu de son importance. Ces espaces d'exhibitions publics ne nécessitent plus de conventions harmonieuses, ni de preuves de confiance avant de partager avec les autres. Cautionné par un anonymat factice, l'internaute, le bloggeur, le "facebookeur", etc., s'exprime désormais sans tenir compte de l'impact de son message, sans se méfier de ses interlocuteurs, insultant sans discernement, incitant à la violence ou encore déclarant des sentiments à qui veut bien les recevoir... La notion de respect à la base de la construction de tout système de politesse n'existe plus. Seul le besoin d'exhiber son moi au plus grand nombre importe. Mais ce narcissisme soudain, favorisé par la scène mondiale que représente Internet, suffit-il à expliquer la perte généralisée d'un savoir-vivre agréable et cohésif ? C'est peu probable et de nombreux autres facteurs restent à considérer.

Souhaitons seulement que cet abandon de toute une tradition de la politesse ne soit que provisoire et que l'être humain reconsidère les conclusions auxquelles étaient parvenus ses ancêtres : la politesse et le savoir-vivre protègent l'espace social, c'est un pacte de non-agression qui indique à chacun la place qu'il doit tenir au sein de la communauté. Ils maintiennent un équilibre rassurant dans les relations interpersonnelles et incitent au respect, se fondant sur le fait qu'en respectant les autres, l'individu se respecte lui-même. La politesse n'est-elle pas avant tout une fleur que l'on doit à l'humanité…

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