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Peintres de montagne |
À l'instigation du peintre Jean Achard (1807-1884) naissait un courant de peinture, vers la fin du XIXe siècle, totalement dédié à la splendeur des paysages de montagnes : l'école dauphinoise. Campée dans la région de Grenoble, entièrement dévouée à rendre à la montagne des couleurs et des sentiments d'une vigueur extraordinaire, l'école dauphinoise d'Achard a retenu des adeptes notoires pour révéler du paysage de montagne toute la grandeur qui lui sied. Les œuvres qui en résultèrent, quoique jugées parfois trop proches du courant réaliste, furent saluées avec enthousiasme. Achard eut même droit au titre de "maître incontesté du paysage en Dauphiné" et les peintres qui le suivirent dans cette idéologie picturale reçurent le titre de "peintres paysagistes" ou "paysagistes dauphinois".
Théodore Ravenat (1812-1883) fut l'un des premiers élèves d'Achard et il consacra sa vie aux paysages de Grenoble. Il installa même une sorte de sous-école dans une grange atelier de Proveysieux où il recevait ses amis peintres, adeptes comme lui de paysages modernes.
Une autre des figures importantes du mouvement fut Laurent Guétal (1841-1892), qui prit la suite de la diffusion idéologique du courant après Achard. Fortement influencé par ce dernier et amoureux impénitent de cette nature abondante du Dauphiné, l'abbé Guétal, que certains appelaient l'abbé des cimes, enseigna à plusieurs peintres la vocation paysagiste. Il peignit le fameux "Lac de l'Eychauda", récompensé au salon de 1886 et aujourd'hui conservé au Musée de Grenoble.
Parmi ses disciples, on retrouve Ernest Victor Hareux (1847-1909), connu pour son génie des peintures alpestres. Hareux illustra de nombreux livres sur la montagne en plus de peindre des œuvres qui obtinrent une certaine reconnaissance : "Le chemin du Petit Séminaire", "Crépuscule d'hiver à Grenoble", "La Romanche à Livet". On le compte également parmi les membres à l'origine de la Société des peintres de la montagne, crée en 1898.
Un autre disciple connu de Guétal est le peintre Charles Bertier (1860-1924). Considéré comme l'un des maîtres du paysage dauphinois, avec Achard et Guétal, ses œuvres les plus encensées sont : "Vallée du Vénéon au plan du Lac" et "Coucher de Soleil sur la chaîne de Belledonne", lesquelles se distinguent par la rigueur de leur composition et la particularité des sujets, donnant à la nature elle-même une personnalité propre et singulière.
Le plus célèbre de ces virtuoses de la montagne reste sans aucun doute Alexandre Debelle (1805-1897). Ses nombreuses pièces célébrant la beauté du Dauphiné expriment distinctement son génie dans deux compositions : "La journée des Tuiles" et "l'Assemblée de Vizille", ainsi que par ses illustrations dans "l'Album du Dauphiné", œuvre méritoire, réalisée en collaboration avec Victor Cassien (1808-1893), autre peintre à avoir rendu hommage aux paysages montagneux des environs de Grenoble. Debelle sera consacré conservateur du musée de Grenoble, place qu'il honorera pendant trente ans.
Une passion donc, un amour inconditionnel pour la montagne et ses vastes forêts, ses décors de couleurs à perte de vue, sa désolation parfois (le magnifique tableau "En Chartreuse", de Cassien, par exemple), sa puissance, ses colères, son rayonnement, etc. Une adoration partagée par un petit groupe d'artistes, souvent originaires de Grenoble, et du Dauphiné en général, qui ont grandi dans l'admiration de ces paysages exceptionnels et qui en ont conçu un respect gorgé d'inspiration.
Aujourd'hui, la plupart des œuvres des peintres de montagne font l'orgueil de quelques-unes des plus belles collections privées de France, mais plus spécifiquement des différents musées de la région grenobloise : le musée de Grenoble, le musée Dauphinois, le musée de l'Ancien Évêché, le musée d'histoire naturelle de Grenoble… Parce qu'entre Grenoble et ses montagnes, il existe cette belle et grande histoire d'amour, une magie envoûtante qui semble ne jamais vouloir s'interrompre...
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