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Il était une fois, l'oeuf |
Il n'est en apparence rien de plus simple qu'un œuf. Si banal qu'on ne lui prête finalement que très peu d'attention hors de notre assiette. Mais derrière ce faux air de simplicité se cache une incroyable complexité : rond au dessous, presque pointu au-dessus, droit nulle part, il se compose de courbes qui s'évasent et se rétrécissent. Et sous sa fragile coquille, le jaune en suspension dans le blanc cache la vie.
Parfait, imprévisible, l'oeuf est au commencement de toutes choses. Il est selon les cosmogonies antiques la totalité avant le chaos, celui duquel naquit l'univers. En Grèce, on raconte qu'au commencement, Eurynomé, déesse de toute chose, émergea nue du chaos et se laissa courtisée par le Vent du Nord, c'est-à-dire le serpent Ophion. De cette rencontre est né l'Oeuf Universel qui engendra tout ce que nous voyons et tout ce que nous sommes. A l'autre bout de la planète, en Chine, avant toute distinction du ciel et de la terre le chaos lui-même ressemblait à un œuf de poule. Cela dura 18 000 ans avant que la coquille ne se fissure : les éléments lourds formèrent la terre (Yin), les éléments légers le ciel (Yang). Ils s'éloignèrent les uns des autres et au bout de 18 000 ans, Pan-Kou, le premier homme, mesura la distance entre le ciel et la terre et la création put s'ordonner. En Gaule, il était l'œuf né de la bave des serpents, assimilable à la Pierre Philosophale, détenteur de tous les possibles.
Par le principe même de fécondité, l'œuf devient gardien de la vie. Il est la promesse d'autres poules et d'autres œufs à venir ; l'image de la renaissance perpétuelle. Symbole d'immortalité comme en témoignent les nombreux œufs d'argile découverts dans des sépultures il est aussi la promesse du renouveau, accompagnant depuis l'aube de l'humanité les rites liés au printemps. Dans de nombreuses contrées et notamment en Ukraine avec les Pysanky, il était coutume de teindre des œufs et de les offrir à la fête du renouveau. Malgré les efforts de l'Eglise, cette tradition se perpétua et s'associa à la fête de Pâques, jour de la Résurrection du Christ. Elle devint aussi, au Moyen Age, l'occasion de distribuer les œufs accumulés durant la période de Carême comme symbole de résurrection au sortir de l'église ou comme gage d'amitié.
Les œufs souvent tout simples pouvaient également être illustrés selon le souhait que l'on exprimait : le soleil était un vœu de richesse, le cerf de santé, les fleurs d'amour, … Puis la coutume s'instaura aussi à la cour des rois de France. Louis XIV donnait de sa main des œufs décorés à ses courtisans et aux gens du peuple qui venaient l'admirer. Les artistes les plus fameux tels que Watteau et Lancret étaient alors mis à contribution pour faire de magnifiques miniatures sculptées ou des œufs peints et historiés.
Mais c'est à la cour de Russie, au XIXe siècle que la pratique des œufs de Pâques décorés atteint son apogée avec l'orfèvre Fabergé. Chaque année, il créa pour le tsar des œufs surprise, véritables joyaux réalisés avec les matériaux les plus nobles : de l'or, des pierres précieuses, du cristal de roche, de l'émail translucide…
Et du chocolat… Devenus gourmandises au 18e siècle en France, les œufs de Pâques demeurent aujourd'hui encore une tradition. La préférée des enfants d'ailleurs : la chasse aux œufs ! Les cloches qui ne sonnant pas du vendredi Saint au dimanche de Pâques, se rendent, selon la légende, à Rome où elles se chargent d'œufs de Pâques qu'elles répandent à leur retour dans les jardins et que les enfants, équipé d'un petit panier doivent retrouver.
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