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Jérusalem, terre de querelles |
Alors que depuis des millénaires, on se la déchire sauvagement, Jérusalem conserve son caractère de ville trois fois sainte. C'est à se demander comment il se fait que pélerins et fidèles ne s'interrogent jamais sur la vocation pacifiste que devrait tenir ce lieu de prétendue sainteté. Car si chacune des trois confessions clame haut et fort son appartenance à Jérusalem, il leur faut reconnaître que tous leurs ancêtres communs y ont vénéré un certain dieu Shalom, il y a plus de 5000 ans.
Les plus grands personnages bibliques y séjournèrent. Caïn y conçu sa haine jalouse et meurtirère pour Abel, Noé y érigea un autel, Abraham voulu y sacrifier son fils, David en fit sa capitale, Salomon y construisit le Temple... Succédant aux peuples sémites, les Grecs, les Perses et les Romains y conduisirent des guerres jusqu'à ce que Jésus y soit crucifié et que le christianisme s'impose comme religion aussi populaire que le judaïsme. Puis le prophète Mahomet se distingua à son tour et, poussé par l'archange Gabriel, y posa les fondements de l'Islam.
Il est étrange que tous se soient tournés vers Jérusalem comme lieu fondateur du culte. Il est également étrange que chaque religion ait sanctifié les mêmes endroits relevant d'un épisode historique distinct. Prenons l'esplanade des Mosquées, par exemple. Située sur le mont Moriah ou le mont du Temple, baptisé ainsi après que le roi Salomon y ait élevé le Temple devant servir de sanctuaire aux tables de la loi, elle revêt pour les musulmans une signification bien différente. C'est là que le jour du jugement dernier, les morts se rassembleront pour être jugé. Les croisés de la chrétienté, quant à eux, y virent le lieu idéal pour y édifier une croix gigantesque.
Si le mur des Lamentations appartient aux juifs du monde entier qui viennent s'y recueillir, le mont des Oliviers est la chasse gardée des chrétiens qui y voient toujours leur Christ en état d'arrestation sur cette colline bénie. Quant au Dôme du Rocher, les musulmans le vénèrent au-delà de tout puisque c'est de cette ouverture vers la voûte céleste que s'éleva le prophète Mahomet vers le Paradis. Enfin, la basilique du Saint-Sépulcre n'est pas en reste, disputée à tour de rôle par chrétiens et musulmans qui, tantôt la revendique comme étant le lieu sacré abritant les reste de la Croix, tantôt comme un fort sacré des musulmans sous la famille mecquoise des Nuseibah.
Jérusalem, à elle seule, suffit à incendier le monde. Comme si les guerres de religion n'avaient pas suffisamment tuer jusqu'ici, l'on continue toujours à se disputer la propriété de la ville sainte la plus importante au monde. Le 20e siècle n'y changera d'ailleurs pas grand chose. Dès 1933, à cause de la montée du nazisme et d'une forte immigration juive en sol palestinien, on amorce le partage du pays entre Juifs et Arabes et on proclame Jérusalem à titre de ville ouverte. En mai 1948, David Ben Gourion instaure l'indépendance d'un état israélien en Palestine. Cette proclamation ravive un conflit qui, semble-t-il, ne s'arrêtera jamais.
Palestiniens et Israéliens se battent maintenant depuis des millénaires pour faire de la ville sainte leur capitale. Jérusalem, actuellement sous la tutelle administrative de l'état israélien, est coiffée d'un statut contesté à travers le monde par l'opinion publique ainsi que par les instances politiques mondiales. Ce statut de capitale éternelle et indivisible, agrée par une loi fondamentale israélienne datant de 1980, suscite toutes les controverses imaginables. Il est vertement décrié et désigné par le Conseil de sécurité de l'ONU, dans sa résolution 478, comme étant une violation flagrante du droit international.
Loin d'abandonner la lutte, l'Autorité palestinienne riposte en 2000 en votant pour une loi qui instaure Jérusalem à titre de capitale d'un futur État. Dès 2002, les Palestiniens entérinent cette loi, ce qui scelle en quelque sorte le pacte d'affrontement éternelle entre les deux peuples. Et malgré le terrorisme atroce, malgré tout ce sang qui coule presque chaque jour, malgré des générations entières dévastées par la peur et la rancoeur, Israéliens et Palestiniens se disputent toujours Jérusalem, le berceau de trois dieux dont les enfants ont le coeur plein de haine !!
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