Site du Jour
> Choisir site du jour en page de démarrage

Site du jour > Dossiers exclusifs > Évolution de l'humanitaire


La médecine humanitaire
Une histoire de l'humanitaire
L'aventure humanitaire
Traité de droit humanitaire
L'Aide humanitaire, aide à la guerre ?

Hist. du droit intern. humanitaire
Peut-on écrire une hist. de l'humanitaire ?
Droit international humanitaire
Médecins du Monde
Comité intern. Croix-Rouge
Action humanitaire de l'ONU

Fabrication du papier
Dictionnaire & encyclopédie
Denis Diderot
La Renaissance
Walt Disney
La généalogie
Champollion
Le Land-Art


Évolution de l'humanitaire

Il semble presque impensable que les premières notions d'humanitarisme ne soient apparues dans l'Histoire qu'à une époque assez récente. Jusqu'aux premières réflexions d'Henri Dunant (1828-1910) à propos des blessés de la bataille de Solférino et de son implication humanitaire, on ne saurait affirmer que des instances organisées et compétentes aient pu prendre en considération que des peuples entiers vivaient dans la nécessité la plus criante ou tentaient de survivre à un conflit les plongeant dans un cas d'extrême fragilité. C'est plutôt la guerre et ses atrocités qui ont convaincu l'homme civilisé du bien-fondé d'une aide à grande échelle dans des contextes spécifiques.

C'est donc sur les champs de bataille, en pleine guerre, que la notion de l'humanitaire atteint sa pleine maturité dans l'esprit collectif. En ménageant des espaces neutres pour soigner les blessés lors de conflits guerriers, espaces protégés de part et d'autre par des conventions agrées, les nations ennemies acceptent de restituer aux soldats blessés un caractère humain. Ils ne sont plus de la chair à canon, ils sont aussi des hommes. Le principe sera appliqué plus tard aux citoyens ordinaires, piégés dans ces conflits. La notion de civil prendra alors une importance capitale et la population civile deviendra le principal bénéficiaire de l'aide humanitaire.

C'est la fondation de la Croix-Rouge (1863) par Dunant qui pose les véritables bases d'une vision humanitaire internationale. La première convention de 1863 vise à protéger les blessés de guerre. L'organisation se nomme à cette époque : Société de Secours aux Blessés Militaires. Plus tard, fusionnant avec deux autres organisations de secours : l'Association des Dames Françaises et l'Union des Femmes de France, la société de Dunant devient officiellement la Croix-Rouge. Puis, en 1899 une seconde convention vient ajouter la protection des marins aux ententes entre nations. Vingt ans plus tard, on assiste à la création de la Fédération de la Croix-Rouge française et du Croissant-Rouge. Ils deviennent rapidement les organismes d'intervention officielle lors des catastrophes de grande envergure. En 1929, une troisième convention est résolue afin de protéger les prisonniers de guerre. Enfin, en 1949, la quatrième convention inclut la protection des civils et de leurs biens en cas de guerre ou de conflit armé. De plus, on révise les conventions précédentes, ce qui donne au final les Quatre Conventions de Genève de 1949. Ces conventions de droit international humanitaire achèvent d'ériger la structure d'une conscience collective de l'action humanitaire. Évolution de l'humanitaire

Parce que la Croix-Rouge a en quelque sorte lancé l'idée, d'autres associations humanitaires naissent alors, principalement dans les pays anglo-saxons. Les organismes : Save The Children (1919), International Rescue Committee (1933), Oxfam (1942), CARE International (1945), etc. Afin de maintenir la paix dans le monde et de faire respecter les Conventions de Genève, l'Organisation des Nations unies voit le jour en 1945, suivie deux ans plus tard d'une variante destinée à secourir les enfants, l'UNICEF. En 1951, c'est le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés qui naît et qui s'activera considérablement dans les années 1980 avec le nombre croissant de réfugiés à travers le monde.

Commanditées soit par des ordres religieux, soit par des États, les sociétés de secours humanitaire ont pour objectif de venir en aide aux plus démunis. On soupçonne toutefois que ces interventions servent souvent de véhicule propagandiste au profit de l'organisme secourable, notamment dans le cas d'idéologie religieuse ou politique. Mais cette propagande demeure généralement tacite entre secouristes et secourus. Tous les organismes d'aide humanitaire, jusqu'à la crise du Biafra en 1969, observent le silence et la neutralité dans les conflits. Il s'agit surtout d'intervenir rapidement et de fournir temporairement les nécessités pour assurer la survie de réfugiés. Aucune prise de position de la part des bénévoles en mission ne filtre jamais publiquement. Toutefois, lors de cette crise du Biafra, les médecins français, hantés déjà par le mutisme coupable ayant couvert Auschwitz et les camps nazis, choisissent de briser la tradition et passent à la dénonciation. Cette prise de parole qui semblent révéler une vérité cachée par des instances politiques vicieuses, ne sera toutefois pas saluée par tous les analystes et observateurs comme étant positive. Au contraire, la parole désormais prise par les humanitaires entame à leur encontre un processus critique souvent étonnant mais parfois très pertinent.

Ce que l'ont en dit aujourd'hui c'est que les missionnaires humanitaires, malgré leur volonté de changer la situation d'un pays et d'arracher le plus de victimes aux affres de conditions de vie souvent inhumaines, faussent la nature du conflit politique en focalisant l'attention du monde sur les victimes uniquement. Autre conséquence du discours humanitaire : en voulant créer des organismes indépendants des États, les initiateurs de mouvements humanitaires, comme Médecins Sans Frontières (1971) par exemple, s'appuient désormais sur l'opinion publique pour obtenir subvention et visibilité. Forcément, dans cette nouvelle perspective, les secours humanitaires multiplient les coups d'éclat, profitant au passage d'une médiatisation excessive qui ne demande qu'à en faire ses choux gras. Aussi, on finit par s'interroger. Quels sont les véritables enjeux des organisations humanitaires, quelle est leur réelle volonté d'implication dans cette course au sauvetage sensationnel ?

Plusieurs observateurs voient dans l'actuelle action humanitaire un prolongement du colonialisme. L'hypothèse vaut la réflexion. Par exemple, l'aide humanitaire fournie par les pays de l'Ouest à l'URSS lors de la famine de 1921, les Occidentaux se taxant de générosité, exhibant ainsi la supériorité du modèle capitaliste sur les prétentions du régime communiste, avec les conséquences que l'on sait, c'est-à-dire l'écrasement de la paysannerie et la mise sous coupe réglée de l'agriculture.

Un autre son de cloche : quand l'aide humanitaire favorise l'oppresseur. Les secours alimentaires acheminés vers les camps de réfugiés cambodgiens à l'époque des Khmers Rouges auront permis à ces derniers d'en profiter largement et de se remettre sur pied. Dans ces conditions, on peut s'interroger sur la pertinence de l'action ? La prolongation des conflits est-elle favorisée par les secours humanitaires ?

À un autre niveau, l'aide humanitaire sert aussi de levier de négociations pour certains pays bien nantis à l'endroit de pays plus pauvres. Les embargos économiques, lesquels plongent des nations entières dans la famine, sont devenus des instruments politiques dont les grandes victimes sont encore (et toujours) la population civile.

Les images insoutenables d'enfants affamés, de vieillards souffrants, d'individus handicapés par la violence des combats, les viols, etc., nous bouleversent et font appel à notre empathie naturelle. La seule idée de laisser les victimes se débrouiller sans réagir nous semble inhumaine, atroce. Or le fait de savoir qu'il existe des volontaires pour leur porter secours apaise notre conscience. Mais ces interventions, selon de nombreux spécialistes de la question, devraient se limiter à des actions brèves et efficaces. Personnel infirmier, médicaments, équipes de sauvetage, denrées non périssables, matériaux destinés à la construction de refuges provisoires, etc. Toute structure organisationnelle ultérieure devrait relever de la volonté de la nation à s'extirper du conflit pour construire une société viable, en conformité avec ses valeurs et son potentiel de richesses naturelles. Mais ça, ce serait dans un monde idéal !

Heureusement, certains organismes humanitaires comprennent bien la nécessité de prôner l'autonomie auprès des bénéficiaires de l'aide humanitaire. Ils mettent en place des programmes de stratégie de survie et de développement agricole pour permettre aux victimes une prise en charge indépendante et réactive. Pour éviter qu'elles soient traitées en victimes passives, les populations qui reçoivent l'aide extérieure apprennent aussi à gérer leur propre sécurité tout en s'assurant d'une production alimentaire capable de fournir à leur survie. En ce sens, si les différents intervenants extérieurs dans le domaine de l'aide humanitaire favorisent cette prise en charge, il y a fort à parier que les peuples otages de situations conflictuelles à travers le monde s'en sortiront beaucoup mieux que sous une tutelle infantilisante.

Selon l'adage chinois, donner un poisson à un homme ne le nourrira qu'un jour, lui apprendre à pêcher le nourrira toujours. Et si cet adage servait de fondement aux futures interventions humanitaires…

Site du jour > Dossiers exclusifs > Évolution de l'humanitaire
Copyright Site du jour / Nathalie Michallon - E-mail : nathalie@site-du-jour.com / Mentions Légales
Toute reproduction même partielle est strictement interdite sans un accord écrit sous peine de poursuites judiciaires
Nos Partenaires : Argent | Banque et assurance