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Alors que l'Antiquité gréco-romaine magnifiait le corps masculin et ignorait les attraits féminins, on observe aujourd'hui que la tendance s'est quasiment inversée. Le corps féminin est partout, exposé à tous les regards, servant d'appât à toutes les catégories de discours publicitaires, éveillant les désirs inlassables de milliards d'individus, tout sexe confondu. Si certains croient que le corps féminin est surérotisé et surexploité, d'autres, au contraire, croient qu'il s'est enfin libéré du joug patriarcal et qu'il exprime librement un désir de plaire et un besoin d'exhibitionnisme…

C'est donc une multitude d'opinions divergentes qui s'entrechoquent dans le grand débat du réel ascendant des dessous dans l'univers de l'identité féminine. La relation de la femme à la lingerie est-elle une affaire d'intimité avec elle-même ou simplement le rituel d'un artifice nécessaire pour séduire un éventuel Autre ? On peut tenter de trouver une explication, à défaut d'une certitude, à travers l'évolution des dessous au cours de l'Histoire.

Si les citoyennes gréco-romaines se bandaient les seins pour soustraire leurs formes à la vue des hommes et portaient une simple tunique de lin, les paysannes du Moyen-âge n'étaient guère mieux nanties. L'Église les forçait également à comprimer leur poitrine sous des bandages et le seul sous-vêtement autorisé était la longue chemise blanche, indistinctement obligatoire pour les hommes et les femmes. Chez les nobles, la chemise était officielle comme vêtement de nuit, mais le jour, le corset avait préséance chez les dames ; sous la multitude de jupons, aucune trace de culotte. Ces dames allaient donc cul nu, jusqu'à ce que Catherine de Médicis (1519-1589), embarrassée par les trésors d'excitation que dévoilaient les chutes à cheval de ses amies, décide d'imposer le caleçon des prostituées vénitiennes lors des activités équestres. Histoire des dessous féminins

Après ce 16e siècle, la mode varia au gré des règnes. On passa de la robe corset au corset proprement dit qui faisait saillir la poitrine des femmes tout en leur comprimant la taille. On ajouta plus tard au corset tortionnaire le vertugadin, sorte de panier à fixer sous la robe, qui donnait aux hanches une ampleur démesurée. Le corps de la femme, ainsi sculpté, offrait une impression de fragilité (entravant lourdement ses possibilités motrices) et révélait les promesses d'une volupté aussi généreuse que sa gorge offerte. Toutefois, pour en finir avec cette abondance de chair exhibée, la pruderie de Marie de Médicis (1575-1642) remit les seins à leur place, dès le 17e siècle, et les corsages se firent de nouveaux plats et discrets.

Le retour du corset qui déversait généreusement aux regards la poitrine féminine se produisit au 18e siècle. Puis on abandonna un temps le port du vertugadin pour le remplacer par trois jupons : le modeste, le fripon et le secret. Un peu plus tard, on réintégra la crinoline sous Louis XVIII (1755-1824) ce qui conduisit les femmes à vivre prisonnières de sous-vêtements qui tenaient davantage du supplice que de l'affriolante lingerie. On imposa aussi aux petites filles le port de culottes froufroutantes sous leur jupe. Plus tard, ce sont les artistes de spectacles osés qui les portèrent avant qu'elles ne soient raccourcies et autorisées aux femmes honnêtes vers la fin du 19e siècle.

À la même époque, coup de théâtre ! Hermine Cadolle inventa l'extraordinaire concept du soutien-gorge, ce qui allait révolutionner l'univers du dessous féminin. Elle en présenta un prototype à l'Exposition universelle de 1889, mais il ne fut vraisemblablement adopté qu'au cours des années 1920, après des modifications qui le rendirent confortable, le premier modèle se composant maladroitement de deux parties, l'une pour enserrer la taille et l'autre pour soutenir les seins. Autre coup de pouce sur le chemin de la libération du corps féminin : la Première Guerre mondiale. Les hommes au front, il a bien fallu que les femmes se mettent au travail pour assurer la survie de la nation. Dans ces conditions, les vêtements s'adaptèrent à la nouvelle réalité des femmes. Le règne des dessous put enfin commencer. De plus, les tissus fins étant désormais moins coûteux, la soie, le satin, la dentelle, etc., se rendirent plus accessibles et facilitèrent la réalisation d'une nouvelle gamme de dessous féminins, à laquelle ne seront pas étrangers les grands créateurs de mode de l'époque : Christian Dior (1905-1957) qui réintégra les guêpières et Coco Chanel (1883-1971) qui avait tout fait pour libérer le corps féminin de ces harnais atroces.

Heureusement, les frères Warner, en 1931, émancipèrent définitivement les femmes des corsets en inventant une gaine amincissante dont le tissu élastique épousait la forme du corps sans le contraindre. Par ailleurs, le jupon devint un élément essentiel de la "sous-tenue" féminine. Entre les années 1930 et la fin des années 1960, on rivalisa d'imagination pour introduire de nouveaux éléments servant de sous-vêtements à l'élégance féminine : nuisettes, guêpières, bas de nylon, soutien-gorge, combinaisons moulantes, jarretières, porte-jarretelles, gaines, etc. Les vamps et les pin-up du cinéma, dont Marlène Dietrich (1901-1992), Brigitte Bardot (1934-) et autres, en cautionnèrent sensuellement l'usage.

Puis la révolution des mœurs que connurent les années 1970 changea radicalement la donne. Les femmes se réapproprièrent définitivement leur corps et décidèrent d'en finir avec les dessous imposés selon les critères d'une mode astreignante. Elles ne portaient, bien souvent, pas de slip, se contentant d'un jean/jupe/pantalon et d'une chemise ou pull sans soutien-gorge. Le corps féminin s'affranchit alors du regard masculin. Le string et ses dérivés (slip brésilien, tanga, etc.) apparurent un peu plus tard dans les défilés de mode et parmi les strip-teaseuses : parce qu'il permettait l'absence de marques sous les jupes et pantalons, le string devint rapidement une pièce maîtresse dans l'arsenal du sous-vêtement féminin.

Depuis les années 1980, la femme désormais affirmée affiche son goût pour la lingerie fine, pour les dessous raffinés. Résolument active, fière d'être femme et moins complexée que jamais, la femme du 21e siècle se trouve et s'identifie dans le port d'une lingerie qui met en valeur ses formes et sa féminité. Du moins, c'est ce que les publicitaires prétendent. Dorénavant, on ne tarit pas d'admiration devant ces femmes fortes qui dirigent de grosses entreprises tout en affichant, d'un air polisson, cet aspect coquin de leur personnalité : la passion de la lingerie…

Mais est-ce là fiction ou réalité ? Cette image d'une PDG hyper sexy qui suscite le désir chez ses subalternes mâles est-elle authentique ou fait-elle partie du fantasme masculin collectif ? Chez Aubade, Bruno Banani, Chantal Thomas, DIM, Implicite, Lejaby, Simone Pérèle, Victoria's Secret et plusieurs autres grands noms de la lingerie fine, on vous assurera que les dessous raffinés sont faits pour toutes les femmes, parce qu'elles s'y sentent belles et en confiance. Pourtant, toutes les pubs s'orientent essentiellement sur le pouvoir de séduction que possède la lingerie sur le regard masculin. Y aurait-il donc supercherie quant à la véritable vocation du dessous féminin ?

Quoi que l'on puisse en dire, les dessous aujourd'hui restent une question de libre choix. Du moins s'ils ne sont pas imposés par les exigences d'un autre et qu'ils satisfont le désir intime de celle qui les porte. Aux femmes maintenant de s'y épanouir selon leur propre échelle d'estime de soi. Et pour celles qui manifestent une personnalité hors du commun même en culotte "petit bateau", on comprend bien que ce n'est pas toujours le dessous qui fait la séductrice !

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