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Prostitution : du sacral au vénal

Si le seul nom de Marie Madeleine évoque pour des millions de chrétiens l'image de la péripatéticienne type, on reconnaît généralement que ce sont les erreurs de traduction des théologiens de l'époque qui ont fait de la compagne du Christ une prostituée. Or, bien que cette Marie Madeleine biblique incarne l'archétype de la putain, on lui admet de nombreux ancêtres, notamment chez les prostituées sacrées des temples mésopotamiens. Certains historiens situent même l'apparition d'un mode primitif de prostitution dans la Préhistoire, alors que plusieurs femmes de clans proposent aux mâles chasseurs la copulation en contrepartie de nourriture.

Dès les premières sociétés structurées, on assiste à la naissance d'une prostitution sacrée dans les temples. Il semble, selon l'historien assyriologue Jean Bottéro (1914 - ), que les premières prostituées officient à Sumer, dans le temple de la déesse Inanna (qui deviendra Ishtar à Babylone). Ces femmes sont alors consacrées à cette tâche pour cause d'infertilité naturelle. Elles servent la déesse en s'offrant à tous les hommes qui les désirent moyennant une somme d'argent variable, utilisée ensuite pour assurer l'entretien du temple et le train de vie de ses habitants.

Dans le culte de Cybèle, en Phrygie, ce sont les prêtres qui s'émasculent pour officier à titre de prostituées sacrées dans les temples. On note que la majorité d'entre eux souffre également de malformation ou de stérilité, ce qui valide leur inaptitude à fonder une famille et cautionne leur sacrifice dans les temples. La plupart des civilisations méditerranéennes ne connaissent d'abord que cette vision sacrale de la prostitution. Elle s'inscrit alors dans un rituel de fertilité et de reconnaissance de la puissance divine de laquelle elle se réclame. Toutefois, seuls les hommes sont autorisés à contracter ce type de relations, les femmes ne font jamais appel aux services des prostituées.

Doucement, les sanctuaires s'enrichissent. Ceux qui en sont responsables, généralement les prêtres de cultes, réalisent les profits à tirer d'une telle activité. La demande croît, le nombre de femmes augmente aux abords des sanctuaires, et bientôt ce sont les citoyens eux-mêmes qui poussent à la pratique les femmes de leur propre maison. De l'aspect sacré d'origine, on assiste à un glissement vers l'aspect vénal de ce qui deviendra un métier. On ne se livre plus à la prostitution, de part et d'autre, pour sacrifier à un rituel religieux, mais on en fait peu à peu un commerce lucratif. Prostitution : du sacral au vénal

Chez les Étrusques, la prostitution jouit d'un statut fort enviable. Pour la femme qui la pratique, c'est une condition libre, un moment d'indépendance absolu pendant lequel elle accumule l'argent qui servira à se doter en vue d'un futur mariage. Cette vision pour le moins singulière ne sera pas partagée par la société grecque qui, suite aux encadrements législatifs de Solon (v.-640 - v.-558), père de la démocratie, circonscrira la prostitution, l'isolant dans une zone commerciale et octroyant à ceux qui l'exercent un statut de simple marchandise. Hommes et femmes se livrant au commerce de la chair exercent dans des lieux distincts : les maisons spécialisées des zones marchandes, autour des ports et des temples, dans les hautes sphères de la société auprès des gens fortunés. Ce sont ces dernières prostituées qui gravitent parmi les citoyens riches et que l'on nomme hétaïres. D'une culture agréable, douées pour la danse et le chant, les hétaïres sont pour la plupart des esclaves affranchies et possèdent un statut particulier qui les soustrait bien souvent aux médisances et au mépris de la société. Certaines d'entre elles deviendront d'ailleurs fort célèbres, par exemple Aspasie (5e siècle av. J.-C.) qui réussit à régner sur le cœur du grand stratège Périclès (v.-495 - v.-429).

À Rome la notion de prostitution bénéficie de nombreux flous juridiques. C'est l'esclave que l'on prostitue le plus souvent et l'esclave est une propriété privée. Pour les autres qui n'appartiennent pas à un propriétaire spécifique, c'est la rue. Dans ces conditions, dès le 2e siècle avant J.-C., on inscrit les prostituées sur des registres d'identité et elles doivent obtenir une licence d'exercice. Quoique perçues comme un mal nécessaire, ces marchandes de sexe vivent bien souvent dans l'opprobre. Mais chez les Romains comme chez les Grecs, il existe différents niveaux de prostitution ; de la misère de la rue au luxe des villas patriciennes, ce sont les courtisans et courtisanes qui s'en sortent le mieux.

Parmi les peuples hébraïques, on ne tolère que la prostitution sacrée. La prostitution dite "ordinaire" n'est permise qu'aux étrangères. Toutefois, il existe une précision à apporter dans la pratique du commerce de la chair chez les Hébreux. Une fille ou une femme que son père loue en contrepartie d'une somme d'argent ne tombe pas sous le fait de la prostitution. Comme elle fait partie des biens matériels du chef de famille, ce dernier peut en disposer à son gré. La notion de prostitution est ici exclue.

Dans les premiers moments du christianisme, le marchandage du sexe se tolère avec complaisance. Les pères de l'Église voient dans la prostitution un exutoire aux pulsions sexuelles des mâles et une façon pratique de protéger les honnêtes femmes ainsi que les filles de bonne famille d'éventuels viols. Malgré les nombreuses tentatives pour soustraire les prostituées à leurs misères sexuelles, notamment les réformes de l'empereur byzantin Justinien 1er (482-565) dont l'épouse est une ancienne prostituée, les ribaudes assouviront longtemps encore les soldats, les paysans, les nobles, les puceaux… L'Église encouragera même l'honnête homme à faire usage de la prostituée plutôt que de commettre à l'endroit de son épouse un péché encore plus grave : la sodomie.

Dans l'Europe du Moyen-Âge, c'est le clergé qui prend en charge la prostitution et lui impose une réglementation stricte. On cloisonne les putains dans des maisons spécifiques, on leur impose une tenue qui les distinguera, on limite leurs déplacements, on exerce également un contrôle sur les jours et les heures d'ouverture des lieux dans lesquels officient les filles. Des gérants sont dépêchés pour administrer ces bordels et c'est le début d'une prostitution organisée et prise en charge par les autorités des faubourgs et municipalités. Désormais, les ribaudes ont un rôle social à jouer : elles servent de garde-fou, de bouclier aux épouses et aux filles nubiles. Elles incarnent également l'appât par excellence afin de détourner les jeunes hommes de l'homosexualité. Et lorsqu'elles se retrouvent trop âgées pour exercer cet état sacrificiel, on leur recommande de se tourner vers Dieu et de se repentir.

Le monde moderne n'a rien changé aux conditions dans lesquelles ont vécu jusqu'ici les prostituées. Toujours rejetée par la société à laquelle elle rend un service inestimable, la putain ne jouit d'aucune reconnaissance et, pire encore, d'aucune forme de protection sociale. Guy de Maupassant (1850-1893), dans sa nouvelle "Boule de Suif", illustre admirablement tout le mépris dont se rendent coupables les passagers d'une diligence, sauvés des griffes d'une bande de soldats criminels par le sacrifice charnel de la prostituée Boule de Suif. Ce mépris, il reste encore bien palpable au 21e siècle.

Si certaines courtisanes ont su tirer leur épingle du jeu dans l'Histoire de la prostitution, c'est qu'elles jouissent à ce moment de la protection d'hommes fortunés avant de devenir autonomes grâce à un sens des affaires qui leur permet d'assurer leur avenir. Peu d'entre elles réussissent néanmoins ce tour de force, mais ce sera le cas de Ninon de Lenclos (1620-1705) et de Marion Delorme (1611-1650).

À travers cette longue histoire de la prostitution, on note que les différentes castes ont toujours existé. Les ribaudes ou fleurs de trottoirs, sempiternellement au bas de l'échelle. Dans toutes les sociétés, elles ont écopé de tous les clients crasseux et miséreux, des pauvres, des malades… Les prostituées des maisons, souvent sous la tutelle d'une mère maquerelle, ont eu plus de chance, vivant sous un toit et bénéficiant d'une sécurité, parfois plus fictive que réelle, tout en fréquentant une clientèle moins rustre. Enfin, les hétaïres, courtisanes, geishas, véritables sujets d'admiration, ont quant à elles mené grand train pour la plupart, hissant la pratique de la prostitution à un niveau de culture recherché par des clients raffinés. Aujourd'hui encore, ce clivage social place d'un côté les prostituées "bas de gamme" et les escortes de luxe.

Certains phénomènes peuvent sembler nouveaux dans le paysage actuel de la prostitution. On songe à l'augmentation considérable de prostitués mâles (prostitution pourtant connue depuis l'Antiquité) ou encore au tourisme sexuel pratiqué auprès des mineurs à travers le monde (prostitution également connue depuis l'Antiquité, les enfants ayant été prostitués légalement dans plusieurs pays à différentes époques). Toutefois, ces pratiques sont loin d'être nouvelles. Idem pour les femmes et les enfants devenant esclaves sexuels pendant les guerres. Les conflits de cette nature engendrent invariablement l'exploitation sexuelle des plus faibles.

S'il existe aujourd'hui un aspect différent dans l'univers de la prostitution, c'est parmi la classe étudiante qu'il se manifeste. Depuis quelques années, les étudiants, principalement féminins, recourent à la pratique de relations sexuelles rémunérées pour subventionner leurs études. Cette nouvelle réalité impliquant des individus, jugés instruits, qui font le choix de se prostituer modifie sensiblement la perception de la profession.

Une autre avancée dans la perception du métier de prostituée s'observe dans la mobilisation de groupements de travailleurs/travailleuses du sexe. Le 18 mars 2006 d'ailleurs, à Paris, se tient la première "Pute Pride", manifestation qui regroupe plus de 300 travailleurs/travailleuses du sexe. Or pour l'édition 2009 de cette "Pute Pride" naît le premier syndicat des professionnels du sexe, le STRASS (Syndicat du travail sexuel). Stars du porno, opérateurs/opératrices de téléphone rose, prostitué(e)s, tous revendiquent fièrement un droit à la parole, en plus de conditions de travail reconnues et légales. Tous veulent en finir avec la clandestinité, avec les multiples violences et injustices exercées à leur endroit.

Aux Pays-Bas et en Allemagne, une réglementation encadre désormais le métier de prostituée. L'Autriche, la Grèce, la Hongrie, la Suisse et la Turquie ont également institué un cadre législatif pour assurer des conditions de vie acceptables pour les travailleurs/travailleuses du sexe. Et la France ? Quand va-t-elle enfin protéger ceux et celles qui se sacrifient au maintien d'un ordre sexuel parfois bien fragile ? Elle y pense sans doute, compte tenu des retombées fiscales qui pourraient en découler. Mais en marge de cette éventualité toute vénale, réhabiliter la prostitution serait peut-être une façon de lui rendre le caractère sacral de ses origines… Les prostituées n'exercent-elles pas le plus humaniste des métiers du monde ?

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